La Seduction: How the French Play the Game of Life by Elaine Sciolino 

PRESSES DE LA CITE, 2012




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Elaine is awarded the Legion of Honor

Elaine explains La Seduction

Hardball with Chris Matthews, June 17, 2011

UK edition of La Seduction, available now from Beautiful Books.
QUESTIONNAIRE
AVEC ELAINE SCIOLINO
 

Qui êtes-vous ?!
 

Je suis une américaine! Je suis mariée à un américain. J’ai deux filles américaines qui habitent aux Etats-Unis. Je travaille pour un journal américain, the New York Times. Je parle français avec un accent américain. Je suis directe, parfois brutale. Le second degré ne m’est pas naturel, parler pour parler non plus. J’ai du mal à différencier un Cote-de-Beaune d’un Cote-de-Nuits. Je ne porte presque jamais de parfum. Je n’ai jamais réussi à maitriser l’art de marcher avec des talons aiguilles sur des pavés.

 
 

Quel est le thème central de ce livre ?

 

Ce livre est l’aboutissement d’une longue période au cours de laquelle j’ai étudié, vécu, et travaillé en France.

Le thème central est que la séduction est l’un des moteurs de la vie en France: de l’histoire et de la politique, de la culture et de la mode, de la gastronomie comme de la diplomatie, de la littérature et des moeurs. Elle est bien davantage qu’un jeu: une stratégie vitale pour maintenir l’influence de la France dans le monde. La séduction est si enracinée dans les conventions sociales, dans les comportements quotidiens, elle s’exerce si naturellement que les français eux-mêmes n’en ont souvent pas conscience.

Cette prise de conscience m’a donné l’impression d’avoir soudain chaussé des lunettes spéciales pour voir en relief, tant il était clair que le désir si français de séduire se manifestait dans de nombreux domaines. Les outils du séducteur – l’anticipation, la promesse, le charme – sont de puissants moteurs.

La séduction, pour les français, est étroitement liée à ce qu’ils appellent le plaisir, et où ils sont passés maitres, pour leur propre satisfaction et souvent pour celle des autres. Ils ont inventé et perfectionné des moyens agréables de passer le temps : parfums à sentir, jardins où se promener, vins à déguster, objets d’art à contempler, conversations à mener. Ils satisfont sans vergogne une soif de plaisir et de distraction que les américains sont souvent retenus d’assouvir par leur mentalité puritaine, hyper capitaliste.

L’approche, me semble-t-il, est inédite. Ma thèse a été accueillie avec scepticisme par certains, avec intérêt par d’autres, qui y ont vu un jeu de plus, aux possibilités de plaisir infinies.

 
 

Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
 

Il y en a trois.
« C’est dans le salon Napoléon III du palais de l’Elysée que j’ai eu droit à mon premier baisemain à la française. L’homme qui me le prodiguait était le président de la république. »
« La séduction n’est rien d’autre qu’une conversation sans fin – que ce soit au lit, à la table du diner ou à celle des négociations. »
« C’est encore peu de vaincre, il faut savoir séduire. » Voltaire, Mérope, acte I, scène 4

 
 

Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
 

Elle serait une improvisation de jazz, qui se déplace de manière inattendu et surprenante. Mon livre n’est pas une symphonie rigide, fixé par un « plan » à la française. Pensez à la trompette solitaire  de Miles Davis dans la bande son pour «Ascenseur pour l’échafaud», le film de 1958 dirigé par Louis Malle ; ou bien pensez à une chanson joyeuse de Dizzy Gillespie.



 
 

Qu’aimeriez-vous partager avec les lecteurs en priorité ?

 

Séduction et séduire, qui sont parmi les mots les plus galvaudés de la langue française, ont un sens plus large que l’anglais to seduce, à la connotation négative et purement sexuelle. Un Français parlera de séduire là ou un britannique ou un américain dirait plutôt to charm, to attract ou to entertain. Car la séduction, en France, n’implique pas le contact charnel.

La séduction peut se manifester à tout moment, venir d’un marchand de glaces, d’un ambulancier, d’un producteur de lavande. Un étranger non averti peut se trouver submergé sans avoir le temps de comprendre ce qui lui arrive. Pour un français, en revanche, c’est un jeu familier, quotidien, dont on comprend et applique instinctivement les règles. Le séducteur et sa proie y prennent plus ou moins de plaisir, il peut arriver que l’on perde son temps et que le résultat espéré ne soit pas au rendez-vous, mais le jeu en lui-même est stimulant pour peu qu’il soit bien joue – et si l’on en sort vainqueur, la joie n’en est que plus grande.

Historiquement, la séduction est un jeu. Mais c’est aussi une guerre, avec des vainqueurs et des vaincus. Et sur ce champ de bataille, vos règles sont différentes des nôtres. En France, le séducteur c’est d’Artagnan. Il fait de l’escrime avec élégance, galanterie etc. et c’est le style qui compte. Et aux Etats-Unis, c’est Gary Cooper dans le western High Noon.

 
 

Une observation personnelle


 

Progressivement, j’ai été conquise par la France. C’est pourquoi j’ai souhaité parler de mes rapports avec elle et des leçons que j’en ai tirées. Peu à peu, mon entreprise a influencé mes propres habitudes de vie. Petite-fille de quatre grands-parents siciliens imprégnés d’une vision du monde sombre et pessimiste, je suis devenue plus détendue, j’ai laissé l’humour prendre le dessus, surtout à partir du moment où mes progrès en français m’ont permis de plaisanter, voire de badiner dans cette langue.

Les français apprécient toujours qu’on les décrive, ainsi que leur pays, comme séduisants, eux qui déplorent depuis des années et des années le déclin de la France, la perte de sa puissance, les menaces que fait peser sur le mode de vie français le capitalisme mondialise.

La parution du livre en français est pour moi un honneur, une consécration de ma carrière professionnelle. Grâce à vous, amis français, je me sens chez moi en France.